Solitude (nom féminin, subst. féminin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom féminin 

État d'une personne qui est seule, qui est retirée du commerce du monde. "Vivre dans la . Il aime la . Troubler la de quelqu'un. Supporter la . Souffrir de la . Charmer sa par la lecture. Venez partager ma solitude."
Il désigne aussi un Lieu éloigné du commerce, de la vue, de la fréquentation des hommes. "Affreuse . Solitude agréable, charmante. Se retirer, s'enfermer dans une . Il est venu me rendre visite dans ma ."
"Ce lieu est devenu une , n'est plus qu'une " se dit d'un Lieu qui cesse d'être fréquenté. On dit figurément "Depuis son départ, depuis sa mort, ma maison n'est plus qu'une ."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   État d'une personne qui est seule.
BALZ.: « Il n'y a que lui [Dieu] qui, étant riche de sa propre essence, jouisse d'une bienheureuse et abondante en toutes sortes de biens »
SÉV.: « Je n'avais pas voulu que la princesse [de Tarente] vînt ici [aux Rochers] ; je lui avais fait valoir nos dévotions de jeudi [jour de l'Assomption].... j'ai donc été en »
BOSSUET: « Cette âme qui s'est tant aimée et tant cherchée, ne se peut plus supporter, aussitôt qu'elle est seule avec elle-même ; sa lui fait horreur »
BOSSUET: « Il faut savoir se donner des heures d'une effective, si l'on veut conserver les forces de l'âme »
RAC.: « Ne vous offensez pas, si mon zèle indiscret De votre interrompt le secret »
RAC.: « Laissez-moi, j'ai besoin d'un peu de »
LA BRUY.: « Les jeunes gens, à cause des passions qui les amusent, s'accommodent mieux de la que les vieillards »
GENLIS: « À moins d'une extrême piété, l'homme sera toujours malheureux dans une absolue »
    Fig.
BERN. DE ST-P.: « Si l'on ne se fait une intérieure, d'où notre opinion sorte bien rarement, et où celle d'autrui n'entre jamais.... »

 2   État d'une personne retirée du commerce du monde.
MOL.: « La effraye une âme de vingt ans »
PASC.: « De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement.... de là vient que le plaisir de la est une chose incompréhensible »
BOSSUET: « Après cette grande foule d'hommes et d'affaires qui l'environnait, il s'était lui-même réduit à une espèce d'oisiveté et de ; mais il la sut soutenir »
BOSSUET: « Dans sa treizième année il quitta la maison paternelle ; il se jeta dès lors dans la , il embrassa dès lors les austérités »
BERN. DE ST-P.: « Si la a ses jouissances, elle a ses privations »
BERN. DE ST-P.: « Tout homme qui a eu beaucoup à se plaindre des hommes, cherche la »
LAMART.: « L'esprit de la prière et de la Qui plane sur les monts, les torrents et les bois, Dans ce qu'aux yeux mortels la terre a de plus rude, Appela de tout temps les âmes de son choix »
    Se jeter dans la , se retirer du monde, se faire ermite.
SÉV.: « Il ne perdra guères de temps à se jeter dans la »

 3   Isolement de gens qui n'ont point de semblables à eux.
BOSSUET: « Leur [des Frères de Bohême, qui ne trouvaient nulle part des chrétiens semblables à eux], dénuée de la succession et de toute ordination légitime, leur fit tant d'horreur qu'encore du temps de Luther ils envoyaient de leurs gens qui se coulaient furtivement dans les ordinations de l'Église romaine »
A. DE MUSS.: « Ne trouverai-je pas ici un homme de coeur ? en vérité, quand on en cherche, on est effrayé de sa »

 4   Fig. Isolement moral, privation d'affection.
MONTESQ.: « Cette tristesse vient de la du coeur, qui se sent toujours fait pour jouir, et qui ne jouit pas ; qui se sent toujours fait pour les autres, et qui ne les trouve pas »
D'ALEMB.: « Voyez mon malheur et mes larmes, la de mon âme, le vide affreux que vous y avez fait, et l'abandon cruel où vous me laissez ! »

 5   Lieu éloigné de la fréquentation des hommes.
LA FONT.: « Solitude où je trouve une douceur secrète, Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ! »
SÉV.: « Je vous avoue que j'ai été ravie de voir cette divine [Port-Royal], dont j'avais tant ouï parler ; c'est un vallon affreux, tout propre à faire son salut »
BOILEAU: « Nous naissons, nous vivons pour la société ; à nous-mêmes livrés dans une , Notre bonheur bientôt fait notre inquiétude »
BERN. DE ST-P.: « Je me suis fixé dans cette île peu habitée, séduit par la douce température et par ses s »
    Poétiquement.
BOILEAU: « Ils passent de la nef la vaste »

 6   Lieu devenu inhabité, dépeuplé.
BOSSUET: « Pourquoi voulez-vous périr et faire de cette ville une ? »
VOLT.: « Quoi ! ces tyrans cruels.... Qui dépeuplent la terre et dont la barbarie En vaste a changé ma patrie »
VOLNEY: « Au concours bruyant qui se pressait sous ces portiques, a succédé une de mort »
CHATEAUBR.: « Rome sommeille au milieu de ces ruines ; cet astre de la nuit, ce globe que l'on suppose un monde fini et dépeuplé, promène ses pâles s au-dessus des s de Rome »
    Par extension.
BOSSUET: « Les morts ne sont plus de rien, ils n'ont plus de part à la société humaine ; c'est pourquoi les tombeaux sont appelés des s [dans Job] »
    Fig. Depuis son départ, depuis sa mort, ma maison n'est plus qu'une .

 7   Désert, étendue de pays inhabitée, inculte.
SACI: « Étant sortis de Socoth, ils campèrent à Etham, à l'extrémité de la »
RAC.: « Ils vous opposeront de vastes s, Des déserts que le ciel refuse d'éclairer »
BUFF.: « Solitude absolue [le Sahara], mille fois plus affreuse que celle des forêts ; car les arbres sont encore des êtres pour l'homme, qui se voit seul, plus isolé, plus dénué, plus perdu dans ces lieux vides et sans bornes »
BUFF.: « Ces s nues où l'homme n'a jamais respiré sous l'ombrage, où la terre sans verdure n'offre aucune subsistance aux animaux, aux oiseaux »

HISTORIQUE
    XIVème siècle
     Ménagier, I, 6: Il amoit fort , ne en nulle maniere ne vouloit pour lui mariage
BERCHEURE: « Ceste et famine »

ÉTYMOLOGIE
    Lat. solitudinem, de solus, seul.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. féminin 


État d'une personne qui est seule, qui est retirée du commerce du monde. "Vivre dans la . Il aime la . Il ne saurait souffrir la . Troubler la de quelqu'un. Soutenir, supporter la . Charmer sa par d'agréables occupations. Venez partager ma ."
Il signifie aussi, Un lieu éloigné du commerce, de la vue, de la fréquentation des hommes. "Affreuse . Solitude agréable, charmante. Se retirer, s'enfermer dans une . Venez visiter ma , me voir dans ma . Les Alpes offrent des s pittoresques."
"Ce lieu est devenu une , n'est plus qu'une ," se dit D'un lieu qui cesse d'être fréquenté. On dit figurément, "Depuis son départ, depuis sa mort, ma maison n'est plus qu'une ."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)

Subst. féminin 


État d'un homme qui est seul, qui est retiré du commerce du monde. "Il aime la . Il ne sauroit souffrir la . Troubler la de quelqu'un. Soutenir, supporter la ".
Il signifie aussi, Lieu éloigné du commerce, de la vue, de la fréquentation des hommes. "Affreuse . Se retirer dans la . Il y a des s agréables. C'est une charmantesolitude". En ce sens, on dit d'Un lieu qui cesse d'être fréquenté, qu'"Il est devenu une ," que "c'est une ".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)

Subst. féminin 


État d'un homme qui est seul, qui est retiré du commerce du monde. "Il aime la . Il ne sauroit souffrir la . Troubler la de quelqu'un. Soutenir, supporter la ."
Il signifie aussi, Lieu éloigné du commerce, de la vue, de la fréquentation des hommes. "Affreuse . Se retirer dans la . Il y a des s agréables. C'est une charmante ." En ce sens, on dit d'Un lieu qui cesse d'être fréquenté, qu'"Il est devenu une ," que "c'est une ."



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. féminin 


Estat d'un homme qui est seul, & retiré du commerce du monde. "Il aime la . il ne sçauroit souffrir la ".
Il signifie aussi, Lieu esloigné du commerce, de la veuë, de la frequentation des hommes. "Affreuse solitude. se retirer dans la . il y a des s agreables".
On dit, qu'"Il y a une grande dans un Palais," que "ce Palais est devenu une , une grande solitude," pour dire, qu'Il n'est plus frequenté comme il estoit auparavant. "J'entray dans ce Palais, j'y trouvay une grande . quelle . on connoist bien qu'il est disgracié, sa maison est une ".




Emplacement dans le dictionnaire :

solier
solière
soliloque
solin
solins
solipède
soliste
solitaire
solitairement

solive
soliveau
sollicitation
sollicité
solliciter
solliciteur
sollicitude
solmiser
solo
solstice
solsticial




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...des navires désarmés, avec leurs gigantesques tournures de poisson, immobiles sur leurs chaînes, comme de gros monstres morts. Un grand silence dans ce port, et un froid mortel... il n'y a pas de solitude comparable à celle des arsenaux de la marine de guerre pendant les nuits, surtout pendant les nuits de fête. Aux approches du coup de canon de retraite, tout le monde s'enfuit comme d'un lieu pestifé...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...temps en temps d'un air entendu pour voir si ça reluisait, si ça faisait bien. Et, autour de ces grands enfants, le monde, c'était toujours et toujours le cercle bleu, l'inexorable cercle bleu, la solitude resplendissante, profonde, qui ne finissait pas, où rien ne changeait et où rien ne passait. Rien ne passait que les bandes étourdies des poissons-volants aux allures de flèche, si rapides qu'on...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...et immense, se faisait derrière les petites montagnes de sable auxquelles un sentier conduisait. Tout m'effrayait, ce bout de sentier inconnu, ce crépuscule tombant d'un ciel couvert, et aussi la solitude de ce coin de village... cependant, armé d'une de ces grandes résolutions subites, comme les bébés les plus timides en prennent quelquefois, je partis d'un pas ferme... puis, tout à coup, je...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...hésitations, malgré toutes les volontés qui essayeraient de me retenir... ce que j'éprouvais en sa présence était non seulement de la frayeur, mais surtout une tristesse sans nom, une impression de solitude désolée, d'abandon, d'exil... et je repartis en courant, la figure très bouleversée, je pense, et les cheveux tourmentés par le vent, avec une hâte extrême d'arriver auprès de ma mère, de...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...devenait un changement délicieux. Une vie toute nouvelle d'indépendance et de grand air commençait pour moi dans ces montagnes ; mais je pourrais presque dire que c'était la continuation de ma solitude, car j'étais l'aîné de ces enfants qui partageaient mes jeux très fantasques, et il y avait des abîmes entre nous dans le domaine des conceptions intellectuelles, du rêve... j'étais d'ailleurs le...


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